3 choses importantes que j’ai apprises dans une ferme en Oregon

Nous sommes de retour ! Henri et moi sommes vivants et heureux mais nous étions très occupés depuis le mois d’août. Nous nous sommes engagés pour faire du Wwoofing dans une ferme de l’Oregon et nous avons fini par rester deux mois avec nos hôtes. Pendant ce temps, j’ai eu un nouveau contrat de consulting qui me tient occupée trois jours par semaine. Somme toute, je n’ai pas eu le temps d’écrire sur mon site. Maintenant que nous avons quitté la ferme pour la baie de San Francisco après cette expérience, je voulais parler un peu de ce que nous avons fait là-bas et de la manière dont ce séjour a complètement changé notre perception de la nourriture.

Vue de Dunbar Farms depuis le vignoble
Récolte de poivrons (poblano, jalapeño)

À propos de WWOOFING et de Dunbar Farms

Dunbar Farms est une ferme bio commerciale (non-certifiée) située dans la ville de Medford, dans l’Oregon du sud. La ferme est listée sur le site WWOOF-USA. Elle n’est pas certifiée bio car ses managers préfèrent “le travail à  la ferme à la bureaucratie”, mais tous les légumes sont fait pousser sans pesticides, herbicides et produits chimiques. Il s’agit d’une des fermes les plus diversifiées de l’état de l’Oregon. La ferme ne fonctionne pas sur le modèle typique des AMAP. À la place, il y a un stand libre-service ouvert toute la journée sur place et des commandes en ligne au kg (pound, aux USA). Les clients viennent récupérer leur commande chaque vendredi, moment convivial pendant lequel ils peuvent rester boire un verre de vin et manger une pizza (tout ceci fait avec les produits de la ferme, évidemment).


Nous avons donné entre 20 et 30 heures de notre temps par semaine pour les récoltes, la préparation des commandes et l’entretien des plants—et d’un petit vignoble très mignon. En échange, nous avions une chambre dans une petite maison, l’accès à la nourriture de la ferme et un apprentissage sur des sujets divers et variées (nous avons appris la soudure MIG, par exemple). Les managers et tous les gens que nous avons rencontrés à la ferme étaient des individus passionnés, mettant toute leur énergie dans l’entretien des activités de la ferme. Personnellement, j’étais complètement ignorante au sujet de la chaine de production de légumes, ce séjour de 2 mois s’est donc avéré très marquant.

Notre super camarade de wwoofing récolte des gros radis pendant que son chien s’amuse.
Vendanges.

1. Toutes les tomates ne sont pas rouges

J’ai grandi dans un pays où le commerce des semences est régulé à l’extrême. En France, seules 3 % des semences qui existent peuvent être vendues commercialement. À l’origine, le but était de protéger le fermier du “mauvais commerce”, de l’arnaque, en introduisant un intermédiaire de contrôle. Aujourd’hui, on est plutôt dans un système propriétaire avec des brevets où certains distributeurs privés bénéficient d’un système de contrôle poussif sur les semences. Comble du comble, c’est la chaîne d’hypermarchés Carrefour qui lève le voile sur ce problème. On marche sur la tête, et bien que je comprenne l’enjeu, trop peu de diversité possible dans les assiettes françaises.

Pour les 97 % de semences “non officielles”, les fermiers français doivent s’en remettre au troc et aux réseaux d’échange. Cela n’aide pas à populariser des variétés parfois appelés abusivement “variétés oubliées” ou “légumes anciens” en France. Bref, j’ai grandi avec des tomates uniquement rouges. Et des carottes uniquement orange. Au moins, j’ai grandi avec des fruits et légumes, ce qui n’est pas le cas de la majorité aux États-Unis par exemple.

Quel plaisir d’observer la diversité dans notre ferme américaine. Des heirloom tomatoes vertes, marrons, jaunes, aux aubergines blanches en passant par les pommes de terre roses, nous en avons pris plein les mirettes. C’est probablement à cela que devraient ressembler nos assiettes, et quel GOÛT! Au moins dix fois meilleur que cette tomate pâle et triste des supermarchés new-yorkais à laquelle je m’étais habituée.



Chez Dunbar Farms, les semences sont en rotation fréquente et énormément de variétés différentes sont cultivées (y compris des céréales). Je n’ai pas compté, mais juste pour les poivrons il y avait plus de dix variétés différentes.

2. On devrait probablement tous dépenser plus d’argent et de temps pour se nourrir

La nourriture bio ce n’est pas que pour les bobos et les hippies. Les trucs blindés de glyphosate vont probablement vous donner des maladies. Et si vous n’y croyez pas encore, il est du devoir de tous de reconnaître que l’agriculture intensive et chimique est très mauvaise pour l’environnement.

Ceci dit, lorsqu’on fait de l’agriculture dite “bio”, cela veut dire qu’on fait tout à la main, ou presque. Comme enlever les mauvaises herbes. Donc, ça demande du temps et des ressources, de la main d’œuvre.

Ce qui m’a frappé le plus en travaillant dans une ferme bio commerciale, c’est l’absence de reconnaissance par rapport à la valeur que ces choses là ont dans notre vie et la difficulté à mettre tout ça en place. Même si la demande de nourriture bio et de circuits courts sont globalement en hausse, très peu de gens savent vraiment ce que ça demande de partir de rien et d’arriver à une belle carotte sans la blinder de produits, ce qui serait déjà vachement utile. Et surprise, il n’y a plus beaucoup de gens qui travaillent dans des fermes ou cultivent pour leurs propres besoins. Le travail est difficile et ne paye pas, et généralement le travail manuel est dévalorisé.

Donc à moins de cultiver ses propres legumes ou fruits sans les arroser de chimie, il n’y a pas d’autre moyen de reconnaitre ce dur labeur pour un fermier qu’en acceptant de payer le prix que tout ce travail vaut vraiment. Mais désormais, les Américains ne consacrent plus que 6,4% de leur budget à l’achat de nourriture, un chiffre qui en plus tend à la baisse. En France, ce nombre monte à un timide 14%, mais dans les années 60 c’était plus de 30%. Même si le bio et local progresse, la tendance c’est plutôt de dénicher 4 kg de pommes de terre pour un euro, que de rétribuer correctement son fermier du coin pour un produit de qualité. Et la bouffe est encore et toujours un marqueur social.

3. On est foutus, à moins de tous comprendre 1 et 2 et de vraiment opérer un changement

J’ai eu des pratiques de consommation de nourriture horribles pendant la majorité de ma vie adulte et cela m’a réellement pris dix ans de considérer un petit changement. Pour moi, le déclic a été mon immigration aux USA où j’ai côtoyé les pires nourritures industrielles et cultures de repas du monde, mon pire souvenir traumatisant restant la vue et le gout d’un produit Soylent. Loin de moi de blâmer, je sais pourquoi à quel point ça peut être dur. Mais voici quelques idées simples pour commencer. Je ne fais encore pas cela les deux-tiers du temps, mais j’essaye à fond.

Envisager de passer un peu plus de temps à cuisiner sur son temps libre. C’est pas très difficile et ça peut commencer par trancher une tomate en salade. Envisager des produits de saison.

Envisager de visiter son fermier du coin directement au lieu de sponsoriser une tomate pas bonne ayant voyagé plus de 5000 km en hiver. Il n’est pas si difficile de connaitre la provenance des produits.

Chercher sur Google le mot AMAP ou regarder les sites comme la Ruche qui dit Oui.

Envisager de faire pousser et consommer ses propres légumes, si on a la place (seulement 38% des Français qui ont accès à un jardin cultivent, un des chiffres les plus bas d’Europe).

Si tout a l’air trop cher, envisager de couper sur un autre budget moins essentiel. Est-ce vraiment utile d’avoir cette huitième paire de chaussures ou ce quinzième t-shirt H&M.

Enfin, avoir engagé cette conversation avec moi-même, les mains dans la terre m’a aussi donné envie d’appliquer le même principe à d’autres types de nourriture et d’autres aspects de la conso, comme les objets. Toujours prendre quelque chose qui est plus cher, mais qui dure, par exemple.

Voilà c’est tout, merci de m’avoir lue.

Nous sommes dans la baie de San Francisco et nous allons nous y attarder un peu, donc j’aurai finalement du temps pour mes articles hebdomadaires 🙂

4 Replies to “3 choses importantes que j’ai apprises dans une ferme en Oregon”

  1. Bravo pour cet article, il est vraiment intéressant, rempli d’optimisme! Tu prêches une convaincue, mais ce message doit continuer de voyager !!!
    Bonne continuation, et à bientôt de te lire.

    1. Haha, Thanks for your message Don! I don’t know how this blog works for subscription really… Now that we’re back in NY I’m posting about our fall and winter travels, so I might update it rather frequently.

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